• Lyse Coupey

ET SI ON ETAIT TOUS BIPOLAIRES ?



Revenir à soi, tout le temps… Revenir à soi, être en soi, s’habiter, habiter la matière de son corps physique… être en moi, avec moi : ras-le-bol de ces conseils, de ces injonctions !! Et si j’ai pas envie ??

Si j’ai envie de me laisser aller dans des dérives alcoolisées ou enfumées ? Si j’ai envie de m’abandonner aux diktats des drogues en tout genre plutôt que de travailler, travailler dur sur moi-même et travailler encore ? Si je n’arrive plus à m’auto-discipliner dans/pour mon évolution ? Et si je n’en veux plus d’évolution ? Si j’ai envie que ça s’arrête là et qu’on me fiche la paix ?? Ca fait quoi ??

De toute façon, la vie va toujours dans le sens de l’évolution, quoi qu’il arrive, non ? La régression n’est-elle pas une phase essentielle de l’évolution ? N’est-elle pas l’expression d’un retour en arrière salutaire, l’opportunité de revenir où ça a bloqué pour moi, me ré-assurer sur la base de comportements que je connais, me re-parentaliser, ré-engrammer de nouvelles informations ?

Je suis un être duel parait-il alors pour apprécier l’intérêt d’être en moi, j’ai besoin de pouvoir m’autoriser à ne pas être en moi !

Je dois pouvoir y goûter de tout mon être (parfois pour certains, ça prend toute une vie, ou plusieurs). Je dois pouvoir en apprécier la saveur, les tenants et les aboutissants, je dois pouvoir m’en imprégner et peut-être m’en délecter pour mieux m’en éloigner et aller tester l’ascèse de l’hygiène de vie parfaite. J’ai besoin de naviguer à vue entre orages et calme plat, entre noir et blanc ou chaud et froid, entre colère et acceptation, entre agitation et mouvement conscient, entre volonté et lâcher-prise, entre intériorité et extériorité ; j’ai besoin de vivre des ruptures pour apprendre à créer du lien, de m’isoler sur un versant de moi puis sur l’autre avant de réussir à créer un pont, j’ai besoin d’aller goûter aux extrêmes pour trouver l’équilibre.

Et plus je suis sensible, plus mes écarts sont importants, expérimentaux, vertigineux voir inquiétants. Je peux avoir des phases très yang, dans l’activité, dans le faire, le vouloir et des phases très yin, dans le lâcher-prise, l’accueil de ce qui est. Je peux me sentir toute confiante ou au contraire douter de moi ; je peux parler sans cesse, m’enthousiasmer de tout et de rien ou avoir besoin de rester dans le silence ; les idées, les pensées peuvent fuser dans ma tête ou parfois c’est le calme plat, ça semble vide, plus rien n’accroche, je n’ai plus d’envie, plus d’élan.

Ces montagnes russes peuvent devenir épuisante pour celui qui les traversent, elles peuvent s’avérer déprimantes même. Pour certains, il est impossible de maîtriser ces changements d’humeur et ils y sont totalement soumis(e), durant plusieurs jours, voire plus : on parle alors de bipolarité, de phases maniaques ou dépressives qui ont besoin d’être accompagnées médicalement.

Faut-il pour autant s’identifier à ce fonctionnement, s’enfermer dans cette définition de soi « Je suis bipolaire », comme une fatalité ? En réalité, ces deux polarités ne sont-elles pas ce que chacun expérimente finalement, à différents degrés ? N’avons-nous pas tous ces tendances à la bipolarité ? N’oscillons-nous pas tous dans un continuum entre exaltation et dépression, entre bonheur et souffrance, entre joie et tristesse en fonction d’écofacteurs divers ? La vie ne nous enseigne-t-elle pas à trouver l’équilibre dans nos fonctionnements bipolaires ?

Je ressens profondément que chaque mouvement interne est l’opportunité de me découvrir, de m’observer, de me connaitre davantage, qu’il est la source de ma reliance subtile à cette incarnation. Mon corps est mon seul outil de perception quant à la réalité de mon existence en fait. C’est lui qui me permet de prendre conscience, de conceptualiser la conscience ; il est le lieu où s’élaborent mes idées, où se vibrent mes émotions.

Evidemment, parfois il est nécessaire d’être accompagné pour pouvoir écouter, ne faire qu’un avec et le laisser être en toute sécurité. Ce n’est que lorsque je suis en contact avec mon corps et ses ressentis que je peux déterminer ce qui est bon et juste pour moi, que ce soit en idée, en évènement… Si je perds le contact à mon corps, je perds la possibilité de choisir, de décider pour moi et j’en appelle à un autre, je délègue à quelqu’un d’extérieur ce pouvoir, me rendant manipulable et dépendant. Mais tout ceci est une autre histoire….

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